Territorialiser l’oiseau d’Amérique dans la peinture des Pays-Bas au XVIIe siècle : entre savoir médiatisé et expérience du terrain
La Fondation Périer-D’Ieteren vous invite chaleureusement à la conférence que donnera Marie-Anne Dragon (ULB, SociAMM) le 19 mars prochain à 18h, consacrée à la représentation des oiseaux d’Amérique dans la peinture des Pays-Bas au XVIIe siècle.
À partir du XVIe siècle, les espèces aviaires américaines apparaissent dans les ouvrages d’histoire naturelle et dans la peinture des anciens Pays-Bas, où elles côtoient de plus en plus fréquemment les espèces européennes. Leur représentation s’inscrit dans le contexte du renouvellement épistémologique de la révolution scientifique, marqué par la valorisation de l’observation directe et du naer het leven. Toutefois, ces images ne procèdent pas uniquement d’une expérience immédiate du réel : elles s’élaborent également à partir de conventions visuelles et de savoirs diffusés par les traités naturalistes.
La conférencière examinera ainsi comment la peinture s’affirme comme un espace de production du savoir naturaliste, participant à une véritable territorialisation du vivant. Deux régimes de représentation seront mis en lumière.
Chez Ferdinand van Kessel, notamment dans l’Allégorie de l’Amérique, les espèces aviaires sont intégrées à des vues construites à partir de sources géographiques et savantes européennes. Le territoire représenté est médiatisé par des savoirs livresques qui encadrent et structurent le regard.
À l’inverse, les paysages brésiliens de Frans Post, réalisés à la suite de son séjour au Brésil hollandais, témoignent d’un rapport plus direct au terrain. Les oiseaux y sont insérés dans un environnement cohérent, où la végétation correspond à leur habitat spécifique et à une région précise. L’image ne reflète plus seulement un savoir transmis : elle participe à son élaboration par l’expérience visuelle et l’observation.
En confrontant ces deux modes de territorialisation — l’un référentiel, l’autre empirique — cette conférence mettra en évidence la pluralité des formes de construction du savoir dans la peinture des Pays-Bas au XVIIe siècle et le rôle actif des images dans l’élaboration d’une connaissance visuelle en ornithologie.
Marie-Anne Dragon est docteure en Histoire de l’art de l’Université Libre de Bruxelles (2026). Sa thèse, intitulée Quand l’art rencontre la science. Les représentations des oiseaux du Nouveau Monde dans la peinture et l’estampe néerlandaises des XVIe et XVIIe siècles, a été réalisée sous la direction de Valentine Henderiks. Elle y analyse les interactions entre production artistique et élaboration des savoirs naturalistes à l’époque moderne, en s’intéressant aux circulations entre l’Europe et le Nouveau Monde.
Diplômée d’un Master en Histoire de l’art et Archéologie à l’ULB, elle avait déjà consacré son mémoire à la réception de la découverte de l’Amérique dans la peinture des anciens Pays-Bas et du Saint-Empire au XVIe siècle. Ses recherches ont donné lieu à plusieurs publications dans les Annales d’Histoire de l’Art et d’Archéologie, notamment sur la représentation de l’ara, du dindon ou encore sur l’absence du colibri dans l’iconographie néerlandaise du XVIe siècle.
Elle a présenté ses travaux dans le cadre de journées d’étude en Belgique ainsi que lors de congrès internationaux, notamment ceux de la Renaissance Society of America à Boston (2025) et à San Francisco (2026), confirmant l’inscription internationale de ses recherches.
Entrée libre, dans la limite des places disponibles.
Inscription obligatoire via le formulaire.
Illustration : Frans Jansz. Post, Vue d’Olinda, 1662, huile sur toile, 107,5 x 172,5 cm, Amsterdam, Rijksmuseum, n° inv. SK‑A-742.
