Formes et usages de la variation dans la peinture de Philippe de Champaigne : le cas des Présentation au Temple
La Fondation Périer-D’Ieteren a le plaisir de vous inviter à la conférence que donneront Matthieu Somon (UCLouvain) et Lara de Merode (Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique) le jeudi 28 mai 2026, à 18h.
Présentation
Né à Bruxelles en 1602, Philippe de Champaigne a peint trois fois au moins la Présentation de Jésus au Temple, en grand format. Vers 1628, pour une nef latérale de l’église du couvent des Carmélites du faubourg Saint-Jacques à Paris. Puis vingt ans plus tard, dans la même ville, pour le maître-autel de l’église Saint-Honoré (fig.1). Enfin, vers 1656, dans le sanctuaire royal de Notre-Dame-des-Ardilliers, à Saumur, pour la chapelle funéraire d’Abel Servien (1593-1659), surintendant des finances. Représentant à chaque fois le même sujet (la première reconnaissance publique à Jérusalem du statut de messie de Jésus), ces trois peintures jalonnent la carrière de Champaigne, depuis sa jeunesse jusqu’à la maturité – Champaigne meurt en 1674 à Paris au 20 rue des Écouffes, dans le Marais.
Comment Champaigne formule-t-il son sujet selon qu’il peint pour une nef, un maître-autel et une chapelle funéraire privée ? Quelles reprises et quels changements formels introduit-il d’une peinture à l’autre ? Dans quelle mesure ces variations s’éclairent-elles à la lumière des usages prémédités des peintures mais aussi grâce à l’histoire des techniques picturales ?
Suivant une démarche qui combinera les méthodes de l’histoire des techniques picturales, de l’accrochage et de la liturgie, mais aussi les approches de l’iconologie, de l’anthropologie et de l’exégèse, l’intervention examinera de manière comparative les trois tableaux peints par Champaigne. Elle souhaite ainsi rendre compte d’une part importante de ses pratiques compositionnelles et créatives. L’étude vise aussi à réévaluer les liens qui ont uni ces trois peintures à l’architecture et aux performances accomplies à l’autel auprès duquel chacune d’elles a pu être accrochée. Cette étude sera complétée par une analyse matérielle des œuvres et notamment du tableau conservé à Bruxelles (fig.1), qui sera, dans les mois à venir, examiné par réflectographie infrarouge et par macro-fluorescence des rayons X. Ces examens techniques permettront de mettre en évidence les couches sous-jacentes de l’œuvre, ainsi que la nature des pigments utilisés ici par Philippe de Champaigne. Ce faisant, l’intervention jettera une lumière nouvelle sur l’une des pièces maîtresses des collections des musées royaux des beaux-arts de Belgique.
De fait, une attention spéciale sera finalement accordée à la réception de La Présentation au temple de Philippe de Champaigne. Conservée pendant un temps au Louvre après les confiscations révolutionnaires, cette toile fut ensuite envoyée à Bruxelles dans le premier envoi du Gouvernement français de 1802 pour intégrer la collection du musée de l’ancien département de la Dyle. Comme le révèlent les archives et les anciens guides des collections du musée, l’œuvre devint un jalon important du parcours muséal où les choix muséographiques traduisent les sensibilités vis-à-vis du thème et de l’artiste propres à chaque époque.
Intervenants
Matthieu Somon, docteur en histoire de l’art, a soutenu à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne une thèse sur les représentations de l’histoire de Moïse au XVIIe siècle en France qui paraîtra prochainement chez Peeters. Depuis 2022, il est titulaire de la Chaire de recherche Arts & Religions à l’UCLouvain.
Lara de Merode est conservatrice aux Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique depuis 2019, responsable des collections de Peinture nationale (1650-1748), des écoles étrangères (XVIe-XVIIIe) et de la Sculpture ancienne. Elle est également doctorante en histoire de l’art à l’Université libre de Bruxelles.
Illustration : Philippe de Champaigne, La Présentation au Temple, 1648, huile sur toile 257x197cm. Bruxelles, musées royaux d’art et d’histoire, inv. 25.
